Deezer et I2PO : les SPACs, la nouvelle norme des IPOs ?

Le 26 avril 2022

Deezer entrera en Bourse par une fusion absorption avec le SPAC I2PO créé l’année dernière par François-Henri Pinault (via Artemis), Mathieu Pigasse et Iris Knobloch. Deezer devrait faire son entrée fin juillet sur la Bourse de Paris.

 

Une seconde tentative

Le concurrent de Spotify avait en effet tenté une entrée en Bourse en 2015, mais avait rapidement abandonné pour cause de conditions de marché défavorables. Cette fois-ci c’est grâce à l’aide du SPAC I2PO que l’entreprise va devenir publique. L’accord de fusion s’est porté sur une valorisation de rachat à hauteur de 1,075 milliards.

Il est possible d’affirmer que Deezer est resté à l’écart du « boom » des abonnements avec ses 9,6 millions d’abonnés alors que Spotify en affiche fièrement 400 millions. Cependant en entrant sur Euronext, la société espère atteindre le milliard de chiffre d’affaires d’ici 2025 et ainsi rentrer de nouveau dans la concurrence. Il est à noter que ces deux dernières années l’entreprise a su se renouveler en affichant un chiffre d’affaires de 400 millions d’euros sur 2021, une hausse de 5,5%.

 

SPAC : qu’est-ce que c’est ?

Les SPACs ou special purpose acquisition company  sont des sociétés qui sont créées et entrent en bourse avec un seul objectif, fusionner avec une société cible dans un délai déterminé. En réalité ces sociétés sont des coquilles vides, elles n’ont aucune activité.

Ces sociétés ne sont pas apparues seulement dans les années 2010, l’ancêtre des SPACs était les « blinds pools » apparues à New-York dans les années 1980. Cependant, cette forme avait mauvaise réputation, contrairement au SPAC les investisseurs des « blinds pools » ne savaient pas dans quel secteur la société allait investir et ils ne possédaient pas de droit de retrait, ce qui a occasionné quelques déconvenues.

Les SPACs n’ont pas besoin d’avoir une forme particulière, seulement une forme qui permet d’admettre leurs titres sur un marché règlementé. La plupart du temps, ces sociétés sont créées par des personnalités de la finance et les investisseurs adhèrent plus à un management qu’à un projet.

 

Un fonctionnement atypique

Les sociétés sont créées par des « sponsors » qui vont acquérir un large bloc d’actions a un prix décoté afin de faire fonctionner la structure. Le SPAC va ensuite entrer en bourse et effectuer une levée de fonds afin de financer une possible fusion. A ce moment-là, les sponsors auront généralement deux ans afin de trouver une société cible, généralement qui offre une grande promesse d’évolution. A l’issu de ces deux ans, si une telle société n’a pas été trouvée, le SPAC doit être dissout et les investisseurs doivent être remboursés.

 

Avantages et inconvénients

Pourquoi une explosion des SPACs en 2020 ? Cette explosion peut être expliquée par la volatilité des marchés pendant la pandémie. Il est nécessaire de rappeler que la procédure classique d’IPO dure plusieurs mois, le plus souvent six. Cette procédure implique des banques d’investissements, de large somme à déployer et un entreprise qui est passée au peigne fin par les investisseurs et l’autorité de régulation du marché en question. Le problème étant que pendant la pandémie, il était impossible de savoir ou de prédire si les marchés, six mois après, seraient prêts à accueillir une entrée en bourse. Les SPACs ont donc été la solution, une entrée sur les marchés accélérée et un formalisme beaucoup plus laxiste, l’opération n’étant pas une IPO mais une fusion absorption.

Il y a cependant de nombreux risques. Si ces sociétés sont appelés « blanck check companies », c’est parce qu’elles le sont. L’investisseur n’a en réalité pas d’idée précise des sociétés cibles qui seront envisagées. Il est aussi judicieux de rappeler que l’intérêt principal des fondateurs est de trouver cette société afin de récupérer leurs gains, un clair conflit d’intérêt est donc à prendre en compte.

Enfin, le manque de formalisme peut aussi être décrié. La solidité des sociétés cibles est très peu examinée, à l’inverse d’une IPO classique. Dans certains cas l’engouement de la fusion avec un SPAC peut très vite retombé pour finalement donner des rendements très faibles. On peut citer l’entreprise de tech Nikola, fabriquant des camions à l’hydrogène et qui se veut être la concurrente de Tesla. En 2020 la société fusionne avec un SPAC et l’action est valorisée à 80$. Cependant le fondateur Trevor Milton est accusé de fraude car ce dernier a gonflé la santé financière de la société afin de faire monter le cours de bourse. L’action a rapidement dégringolé pour aujourd’hui se situer autour des 8$. Si ce résultat troublant est lié à une amende pour fraude, d’autres sociétés ont connu le même sort, notamment Lordstown Motors qui après la fusion avec un SPAC a vu son cours dégringolé de 27$ à 2,33$ aujourd’hui.

En conclusion, il sera intéressant de suivre l’évolution de Deezer sur les prochains mois afin de déterminer si l’opération aura été un succès.

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Article par : Darina Attanasio

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